Entre séries longues et séries courtes, quelle est vraiment la bonne longueur pour raconter une grande histoire dans des mangas, 30 tomes ? One Piece, Dragon Ball, Hunter × Hunter, JoJo’s… Les grandes séries manga…

Les ventes de mangas en France sont-elles vraiment en train de s’effondrer en 2026 ? Quels mangas ont encore réussi à attirer les lecteurs en librairie ? Et surtout, à quoi ressemble réellement le marché…

La rentrée manga 2026 est là ! Et cette semaine, on passe en revue les nouveautés manga qui nous ont tapé dans l’œil, les séries à surveiller et les grands classiques qui reviennent dans de…

Dans notre dernière émission, la 5e de Couv’ s’est penché sur Monster, l’œuvre de Naoki Urasawa. Thriller, drame psychologique, réflexion sur les frontières du bien et du mal… Tout en état tout cela à la fois, Monster n’en finit pas de nous interroger, plus de 20 ans après la fin de sa parution au Japon.

Une oeuvre qui prend tout son sens.

Il est passionnant de lire Monster, écrit entre 1994 et 2001, avec une grille d’analyse de 2025. On s’aperçoit que tous les sujets qui sont aujourd’hui dans nos journaux jalonnent le parcours du Dr Tenma.  Ce qui était de la fiction en 2000 est devenu beaucoup plus palpable, réel. Qu’il s’agisse de la pression viriliste, exercée sur tous ces petits garçons maltraités (Dieter, Milosh), la montée de l’extrémisme, la pensée que l’effacement total des émotions est la clé pour maintenir une illusion de domination… Dans le manga, le personnage de Johan cristallise tous ces fantasmes et ces peurs.

Johan, ou tik tok avant l’heure ?

Or, il est aussi évanescent et abstrait que les angoisses qu’il crée et amplifie partout où il passe. Tel un signe avant-coureur de ce qui allait devenir les réseaux sociaux, Johan est doté de la capacité à créer des paniques auto-destructrices, enfermant tout ceux qui l’approchent dans leur paranoïa. Les chapitres qui le montre en train de manipuler les enfants, jusqu’à les pousser au suicide est d’autant plus frappant. Johan ou le creuset idéalisé de ce que devrait être un être supérieur, masculin, implacable mais immatériel et intouchable.

Au secours, Dr Tenma !

Pourtant, lire Monster, c’est aussi découvrir les raisons d’espérer selon Urasawa. Malgré la concentration d’intentions maléfiques de mener à un nouvel ordre de chaos et de violence, les sentiments humains restent maitres en leur demeure. Même les plus hauts-gradés militaires qui ont connu la Seconde Guerre Mondiale et la Guerre Froide, incarnés par les personnages de Wolf et du colonel Ranke (qui cherche son neveu disparu dans le Kinderheim 511), ou encore Grimmer, tous pleurent à chaudes larmes en pensant à toutes leurs erreurs et leurs regrets.  Personne n’est à l’abri de ressentir des émotions. L’important, étant de savoir les ancrer dans la réalité, en trouvant d’autres humains pour les recueillir et les partager ensemble de vive voix.

Dans Monster comme dans la réalité, le monde n’a de sens que s’il l’on est capable d’échanger avec son prochain.

 

 

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Kagurabachi, tout le monde en parle ! La 5e de Couv’ aussi ! On comprend l’engouement pour ce shônen manga très attendu, efficace mélange de vengeance et d’action.

Et si Kagurabachi avait plus à partager que du divertissement ? Car le manga le plus en vogue du moment est une réflexion sur les relations entre Occident et Japon.  Et s’interroge sur les apports du japonisme dans le manga.

Ces articles sont un complément au podcast Kana en Aparté, S3, dédié aux thématiques et symboliques que Kagurabachi explore.

 

Les exemples ont été cueillis dans l’ensemble des 60 premiers chapitres de la série, consultés via l’application Manga+, de l’éditeur japonais Shueisha. Cet article comporte de nombreux spoilers.

 

Kagurabachi, Japonisme 2.0 ?

Kagurabachi est  un titre sur un questionnement qui traverse le Japon depuis les débuts de l’ère moderne. A savoir, qu’est-ce que l’esthétique japonaise ? Quelle est son essence et où réside son âme ?

Ces questions transforment à son tour,  ce manga en un maillon neuf de la longue chaîne d’échanges entre Japon et l’Occident.

Kagurabachi est tout entier centré sur cette question du style japonais posée par un auteur, Takeru HOKAZONO né en 2000 et qui toute sa vie a vu son pays être cité comme LA référence esthétique ultime – parfois jusqu’à la caricature – dans d’ innombrables productions cinématographiques américaines de masse.

 

Urban fantasy – Forêt de béton et de symboles.

Les éléments qui nous guident vers cette interprétation sont nombreux, pour ne pas dire qu’ils foisonnent ! Parmi lesquels, le choix de la profession du héros et de sa famille ( forgeurs de sabres), mais nous y reviendrons plus tard.

 

Comme son héros Chihiro, évoluant dans un Japon marqué par des objets et des arts de styles ancestraux,  Hokazono puise dans cette imagerie et ces symboles pour créer une chimère, un Japon dystopique, au croisement de la nostalgie et du fantasme. Or, c’est ce Japon qui nourrit depuis près de 50 ans, un cinéma d’action et de genre. Entre combats de sabres, guerres de mafieux, pouvoirs ésotériques, on frôle jusqu’à la caricature, la citation d’un Japon de cinéma, fétichisé par certains grands cinéastes tel que Quentin Tarantino.

Comment s’y retrouver en tant qu’artiste japonais biberonné à ce genre de films ?

Pour s’affirmer, le mangaka  émaille son récit d’une multitude de références visuelles : Sabres, katana, poissons kingyô, bonsaï, sumo, daruma mais aussi paysages et architectures… C’est tout un Japon de la carte postale qui est évoqué, voire invoqué dès les premières pages de Kagurabachi.

Toutes ces images en rappellent d’autres. Puisque ce manga utilise de façon plus ou moins consciente, le vivier des estampes japonaises. Ces gravures ont été l’un des premiers maillons d’une longue chaîne d’échanges, un trait d’union dans la passion des européens pour l’esthétique nippone. Passion qui aboutira à l’un des courants les plus en vogue de la fin du 19e siècle, le Japonisme.

 

Avant Yu-gi-oh et les Pokémon, les estampes…

Parmi tous les objets qui fascineront les Occidentaux, les plus emblématiques sont sans aucun doute l’estampe et les gravures sur bois.

Léger, bon marché, populaire. C’est bien ce médium, encore disponible via des musées ou des sites marchands, qui agit comme un pivot et nous permet à nous, lecteurs du XXIe siècle d’enjamber allégrement les années. Comme nos cartes à collectionner actuelles, passant d’une main à l’autre, les estampes nous accompagnent dans ce voyage temporel et spatial vers un Japon d’avant Meiji (1868-1912).

 

On peut d’ores et déjà citer deux motifs choisis par Hokazono qui montrent une attention toute particulière du mangaka pour l’artiste excentrique, UTAGAWA Kuniyoshi (歌川国吉ー1797 – 1861), à qui il emprunte deux sujets.

 

D’une part, le thème du poisson. Qu’il soit carpe ou poisson rouge, le fameux kingyô (金魚) – littéralement ” poisson d’or”. Introduit au Japon en 1503, devenu incroyablement populaire durant la période Edo, il sera repris dans toute une série humoristique par le graveur, aux alentours de 1860.

 

Fantasy 1860.

Dans Kagurabachi, les poissons rouges sont une matérialisation de la magie propre au sabre du héros. Les planches, comme un aquarium ouvert, laissent danser les animaux aux gré des attaques et des sorts lancé par Chihiro.  Pourtant, la juxtaposition du motif de l’enfance et d’un poisson est aussi un trope de l’estampe.

On revoit les versions enfantines de guerriers légendaires, se confrontant à ces animaux symbolisant en Asie, la force et la fortune, tel le conte de Kintarô, l’enfant sauvage VS une carpe géante.

 

 

Un autre motif a retenu notre attention. Il s’agit la très illustre estampe Mitsukuni défiant le squelette fantôme invoqué par la princesse Takiyasha (1845-46), une référence à un roman historique de 1806.

 

La scène montre une jeune femme, sorcière invoquant un des monstres les plus impressionnants du répertoire horrifique japonais, le Gashadokuro.  Le squelette géant, devient son atout pour combattre en l’honneur de son clan, désormais en ruines.

 

Ce duo fantastique est ré-actualisé dans Kagurabachi, via le personnage de Hiyuki Kagari et de son sort, Enkotsu ( Squelette enflammé). Ce personnage majeur impressionne par sa puissance et par l’impact de son chara-design.

 

D’une image à l’autre, d’une estampe à une case de manga, un dialogue entre les époques se crée.  Ce va-et-vient entre des productions visuelles diverses joue de l’élasticité de l’esthétique japonaise. Peut-être pour y chercher ses limites ? Toujours est-il que Hokazono la rend omniprésente, revisitée, remise au goût du jour.

 

Quand elle n’est pas un attribut magique de personnages combattants, cette recherche esthétique se retrouve de façon plus subtile dans les décors. Ceux-ci, se révèlent très élaborés et réfléchis, toujours sur cette ligne d’une recherche esthétique nipponne.

Dès les premières pages, les éléments architecturaux s’imposent eux aussi comme des citations d’autres œuvres. Et feront l’objet de la seconde partie de cet article !

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Après la joie évoquée dans la dernière  semaine, Helter Skelter fait l’effet d’un électrochoc. Noir, intimidant, frontal. C’est pourtant un titre unique qui, osons le dire – n’a pas pris une ride ! Et pour cause, un des thèmes majeurs de ce manga de Kyôko Okazaki est de questionner dans nos modes de vie modernes, cette recherche obsessionnelle de la beauté féminine et tous les recours possibles pour l’atteindre, la garder, la rendre… immortelle.

 

Miroir, mon beau miroir…

Réédité par Atelier Akatombo en 2023, Helter Skelter est un conte sombre et macabre. Celui de la descente de Lili ou Ririko, mannequin adulée pour sa plastique, ses frasques. Mais sa réalité est tout autre. Le secret de sa beauté, hypnotique et capiteuse, est dans le bistouri. Charcutée depuis son adolescence pour se créer une plastique idéalisée, soumise à d’énormes quantités de médicaments qu’elle doit ingurgiter pour maintenir l’illusion, quelques instants, quelques heures de plus. à l’aube des années 2000, alors que le monde n’a pas encore plongé, tel Narcisse dans les reflets des dalles lisses des téléphones intelligents, Okazaki nous prévenait déjà. La gloire, la renommée, la prévalence des apparences, autant de miroirs aux alouettes qui allaient petit à petit envahir notre quotidien.

 

 

Belle et Bêtes.

Dans sa première édition chez Sakka, la couverture annonçait la couleur. Sombre mais avant tout, dérangée et dérangeante. Le mannequin, cette personnification de la beauté, fixant intensément son lecteur semblait “s’auto-défigurer”. Cette image reflète parfaitement le propos du manga. Dans sa terrible fuite pour se libérer, Ririko va commencer par se blesser, blesser son entourage, jusqu’à un acte désespéré pour la survie de son individualité. Bien évidemment, les lecteurs sont aux premières loges de ce naufrage. Ils sont les complices d’un système qui se repaît de chaires juvéniles. Le grand Bââl prêt à sacrifier la santé physique et mentale des jeunes filles, dévorant leurs maigres économies pour les pousser à devenir autres. Leur regard étant la seule approbation possible. Gare à celui qui oserait détourner son regard du sabbat organisé pour son loisir !

Pourtant, s’il y a bien une chose à retenir, c’est que malgré tout son ressentiment, Ririko n’est pas une victime. Féroce, elle entame un bras de fer avec un procureur poète à ses heures. Déterminé à démêler une sordide affaire de trafic d’organes, il se pose comme le seul, suffisamment détraqué lui-même, à pouvoir parler la même langue que cette Belle devenue Bête.

Girl Power.

Ce manga est assurément un coup de poing. Comme certains titres édités à la même période chez Sakka ( All My Darling Daugthers, Blue, Qta Minami ) dont beaucoup de titre d’Okazaki ( Pink, Rivers’ Edge)… Ces autrices parlaient librement de leur jeunesse, de sexualité, de leurs aspirations. Enfin, elles s’offraient des bulles en manga, à l’opposé des vies étriquées qui leur étaient toujours proposées. Ces josei mériteraient vraiment d’être réédités vingt ans après. Pour les histoires qu’ils proposent. Pour les autrices qui se révèlent entre les lignes, pour montrer la diversité virulente intrinsèque aux mangas. Tandis que les chiffres des instituts de veilles sanitaires s’inquiètent toujours plus des dégâts psychiques causés par l’omniprésence de l’Image et à l’heure où un nouveau public cherche à découvrir les maillons manquants de l’histoire du manga, ces rééditions seraient plus que bienvenues.

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Cette semaine, on revient dans l’actualité avec la série Nodame Cantabile de Tomoko Ninomiya. un titre culte au Japon et qu’on avait évoqué notamment dans notre émission sur la musique. Sa réédition chez Pika Edition au format Masterpiece nous donne toute latitude pour parler de ce titre hyper réjouissant.

Accords et désaccords.

Le manga suit les parcours chahutés de deux prodiges de la musique classique. Lui, Shinichi Chiaki, fils d’un grand pianiste japonais. Il veut entrer dans ce monde en suivant les pas d’un maestro, ami de son enfance européenne. Or, un traumatisme l’empêche de monter dans un avion. Elle, Megumi Noda, surnomée Nodame, débarquée de sa cambrousse japonaise, génie du piano mais réfractaire à toute discipline. Difficile pour percer dans un domaine où la rigueur fait loi. Le frustré caractériel et la bouseuse ignare seront vite rejoint par une galerie de personnages tous plus barrés les uns que les autres.

En avant la musique !

Le succès de Nodame Cantabile repose indéniablement sur le caractère facétieux et retors de ses personnages. Eux-mêmes étant le miroir de leur autrice. Tomoko Ninomiya avait signé l’hilarante série Tensai Family Company ( feu Asuka, en …1995 !). Dès lors, le public français savait à quoi s’attendre. Une autrice érudite, portée sur les voyages, les chocs culturels, des histoires chorales et friandes de doux dingues. Bref, des artistes. Avec sa série Nodame Cantabile, Ninomiya nous répète sa déclaration d’amour à tous ces farfelus, ces inadaptés sociaux pourtant portés aux nues, chacun étant génie dans son domaine. Par ailleurs, l’idée du manga est d’après Ninomiya elle-même, inspirée par une “vraie” Nodame, surprise à jouer divinement du piano dans une chambre remplie de détritus.

Et la musique devient or.

Commencée en 2001, Nodame Cantabile est un raz de marée au Japon. Pré-publiée par le magazine Kiss, la série remporte le prix Kodansha du meilleur shôjo en 2004. En mars 2023, on recense 39 millions d’exemplaires vendus rien qu’au Japon, et la série se classe dans le top 50 des mangas les plus vendeurs.

Si sur le papier, le style de la mangaka paraît simple et parfois dépouillé, l’énergie dégagée par les personnages eux-même les rend irrésistiblement vivants. A ce jour, on compte de nombreuses adaptations, en animation mais aussi en drama ou en long métrage. De fait, les aventures musicales de ces trublions sont d’autant plus drôles, une fois mises en mouvement et bien entendu, accompagnées de musique.

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Avec le manga BL Métamorphose, je vous apporte enfin un peu de fraîcheur dans cette chronique ! Éditée aux éditions Ki-oon, cette histoire en 5 tomes est parfaite pour la saison, puisqu’il s’agit de l’histoire d’un deuxième printemps. Un manga idéal pour coller à la floraison des cerisiers en approche !

 

Renaissance.

Mme  Ichinoi, Yuki de son petit nom, vit seule depuis le décès de son mari. Entre les cours de calligraphie qu’elle donne aux enfants de son quartier et sa fille, les occupations ne manquent pas. Or, un jour qu’elle flâne dans une librairie, elle craque pour un livre inédit pour elle : un manga de genre Boy’s Love ! Contre toute attente, la dame de 75 printemps va tomber sous le charme de ce genre d’histoire, soit de la romance entre jeunes hommes. Mais comment s’y retrouver dans le foisonnement des parutions mangas ? Heureusement pour Yuki, la jeune apprentie libraire Urara va vite lui servir de guide. Cette accro de manga va partager ses connaissances du genre BL avec sa nouvelle amie.

Mamie, ma mie…

Au fil des pages, la passion d’Urara devient de plus en plus contagieuse ! L’amitié avec une vieille dame apporte de nouvelles choses à cette grande timide. BL Métamorphose, ce n’est pas seulement l’histoire d’un genre de manga qui se transforme au gré des envies des autrices et de leur public. C’est aussi la succession de petites décisions qui vont amener Urara à affirmer ses choix, ses envies et pourquoi pas, se lancer dans la création d’un manga ?

Surfer sur la vague BL.

Kaori Tsurutani déclare que BL Métamorphose est le fruit de ses réflexions personnelles sur le succès du genre Boy’s Love au Japon. S’il est vrai que ce genre est encore niche, pour de multiples raisons, il n’y en a aucune pour qu’il soit réservé à un public jeune ! De fait, son idée de mettre en scène deux personnages éloignés en tout mais réunis par la même passion a fait un tabac ! Le manga parle également de ce nouvel âge, celui que vivent près d’un quart des Japonais, une fois leur retraite commencée. Cette thématique devient de plus en plus présente dans des séries très diverses. Heureusement, les mangas nous aident à créer des liens, quelque soit l’âge des lecteurs et des lectrices !

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En choisissant Saisons Maudites, je cherchais surtout un titre qui évoque le printemps… Or avec ce manga en 2 tomes, ce sont toutes les saisons qui se retrouvent convoquées ! Haru, Natsumi, Togô, les noms des trois personnages principaux font tous référence à une saison, respectivement le printemps, l’été, l’hiver. Et l’automne me demanderez-vous ? C’est la saison où tout se dévoile pour ce manga qui débute par un drame familial.

 

Mort du printemps.

L’histoire débute alors que la jeune Haru, encore lycéenne vient d’être emportée par un cancer. Dévastée, son aînée, Natsumi, accepte de continuer à fréquenter le fiancé de sœur, Tôgo. Ce dernier est issu d’une branche aristocratique de leur famille étendue qui souhaite voir la lignée se perpétuer entre de bonnes mains. Sans que Natsumi le sache, cette envie de ne pas rompre les fiançailles est une des rares, sinon la seule liberté que le jeune et brillant banquier peut voler à la surveillance très sévère de sa mère. Elle avait déjà choisi Haru pour future bru. Étrangement, elle refuse de voir la dynamique Natsumi entrer officiellement au sein de leur prestigieuse famille.

Malédiction à l’ère des Internets.

Là où l’intrigue s’étoffe, c’est quand à la fin du premier tome, Natsumi retrouve le journal intime de Haru. Cela arrive au hasard de ses questionnements sur des forums. La malade y raconte ces longues journées de traitement, son ennui et ses peurs de voir la vie la quitter aussi tôt. A travers ce blog et par delà la tombe, la défunte devient omniprésente. Tout autant que son amour idolâtre pour son mutique fiancé. Natsumi se rend compte à quel point elle et sa sœur avaient été aveugles sur les sentiments de Tôgo. Entre la jeune fille modèle et effacée et la bruyante, vivante et envahissante Natsumi, le jeune homme finit par découvrir qu’il n’est pas aussi lobotomisé que sa famille le pensait.

Un premier essai.

Avec Saisons Maudites, Asuka Konishi remporte la 2e place au prestigieux concours “Kono manga ga sugoi !!” de 2017. Son style, simple, sans fioritures et ses personnages longilignes font mouche. Cette série, la première publiée pour l’autrice de Criminelles Fiançailles. raconte aussi la succession des premières fois pour un couple, ou même de deux couples. Non content d’avoir d’abord fréquenté la douce Haru, il faut l’électrochoc qu’est Natsumi pour permettre à Tôgo de sortir de son hiver léthargique.  De là a y voir une métaphore des relations amoureuses au Japon, il n’y a qu’un pas ! Il s’agit bien d’un cœur masculin, totalement inerte et rendu dépressif par une société toujours plus productiviste qui retrouve goût à la vie au contact d’un rayonnant été. L’autrice y affirme aussi son goût pour des personnages féminins forts et volontaires, laissant aux réacs leurs idéaux de pureté et de niaiserie.

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Ohalala 3 petites chroniques, seulement !  Pour me faire pardonner, je reviens avec Incandescence d’Ayako Noda publié au Lézard Noir. Et je découvre avec joie que l’éditeur propose cette série en 3 tomes en pack intégrale ! Voici un titre résolument adulte qui nous fait nous demander jusqu’où on pourrait aller par amour.  Amour de soi, de sa famille, mais aussi besoin de protéger maladivement un jeune fille de ses propres pulsions romantiques et sombres…

Affres de l’amour.

L’histoire suit la rencontre entre la jeune Ruri et un client de la supérette où elle travaille, un homme d’âge mûr, accro à une certaine marque de cigarettes. Petit à petit, la curiosité de Ruri cède à d’autres sentiments, tandis que la réalité la rattrape. Son mystérieux et charmant client, Nosegawa est avant tout un cadre d’un clan yakuza. Ruri décide que cela n’est qu’un détail, tout comme leur très grande différence d’âge, de statut, d’expérience… Jusqu’à faire tomber le vieux badboy dans ce qui ressemble à un élixir de jouvence.

Romance adulte made in Japon.

En revanche, Ruri se rend très vite compte que ses désirs et ses sentiments jettent tout son entourage et celui de Nosegawa dans une véritable cocotte-minute. Son amie, la famille du gangster, leurs différents lieux de travail… Tout le monde semble les observer, retenant son souffle dans l’attente du chemin que va prendre le jeune couple en devenir. Toute cette pression, cette attention nous rappelle bien que nous sommes au Japon. L’action oscille entre la supérette où se passe la rencontre fatidique ou les bars à hôtesses, milieu urbain des yakuzas et les espaces naturels, vers où les personnages tentent de trouver un nouvel air à respirer.

Elégance et déchéance.

Le charme de cette histoire est aussi porté par le dessin nerveux et souple de l’autrice. Si l’histoire et le titre peuvent prêter à sourire, en référence à un certain type de littérature à tort qualifiée de mièvre, il n’en est rien. Le réalisme qui sous-tend la série n’entache pas cette marche vers un désastre annoncé. Pour rappel, Ayako Noda a toujours eu un sens du drame et de la mise en scène. Les thèmes qu’elle explore dans deux autres mangas, publiés en France, Double et Le Monde selon Uchu, ne laissent aucun doute là-dessus. Les hésitations de Ruri sont autant de billes qui roulent. Leurs trajectoires sont à peine secouées par des explosions de violences régulières. Les colères de Nosegawa, la folie de ses maîtresses suicidaires, les crises de paniques des proches de Ruri… Au milieu de toute cette ébullition, telle une brindille, notre jeune héroïne se tient, fine et droite. Cassera ? Cassera pas ? La question reste en suspens, même une fois le troisième et dernier tome refermé.

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