Selon l’adage commun : « si à 33 ans tu n’as pas lu Jojo’s, t’as loupé ta vie ! » (Sérieusement, je souhaite fort que dans la dimension alternative BJ427, cette expression existe réellement) J’ai souvent entendu ça de la part de fans de Jojo’s (C’est faux) et j’avoue que je n’ai jamais adhéré. J’ai toujours eu ce sentiment d’être exclu du groupe de gens « cools » du lycée à cause de cette saloperie de manga (Ça c’est vrai). Ce n’est pas faute d’avoir essayé… Plusieurs tentatives, parfois même avec des ordres chronologiques différents, peuvent attester de ma bonne foi ! Pourtant, aucun moyen de comprendre ce qui fascinait autant les fans autour de Jojo’s ! Un récit de lecture par Kanyar.

C’est pour cela que je me suis décidé, enfin “re-décidé” puisque j’avais respectivement donné une chance à cette saga à mes 20 et 25 ans. J’ai passé le gap des 30 sans embûches avec l’excuse « Non mais Jojo’s c’est pas pour moi, je ne suis pas la cible ». Donc, suite aux millions de suppliques d’auditeurs (comptabilisé sous contrôle d’huissier) du podcast pour qu’on fasse une émission spéciale Jojo’s, il n’y avait plus qu’une seule solution. Moi, l’auto proclamé “rédacteur en chef du magazine imaginaire Passion Bagarre” allait devoir me pencher à nouveau sur cette épineuse série. Comprenez-moi bien, à la base mon idée était toute simple « Ça va, calmez-vous les geeks, je suis un roi de la bagarre et mon Yusuke il tape TOUS les Jotaro de l’univers ».

Un défi à la hauteur de la légende Jojo’s

Le seul moyen de mettre un K.O. technique afin de jouir d’une victoire totale et absolue était bien évidemment le plus facile, Dévorer ENTIÈREMENT Jojo’s et de vous donner tort ! Et oui, ma longue existence est ponctuée de ces petits défis que je m’auto-inflige, un jour je vous raconterai d’ailleurs comment je me suis retrouvé à lire l’intégralité de Kuroko’s Basket. Voilà, maintenant que le postulat est posé, j’ai hâte de vous mettre une misère si douloureuse que même à votre prochaine gueule de bois… vous relirez ce texte juste pour vous sentir à nouveau vivant ! Bon soyons honnête, ça, c’était au début et dans une vision tout à fait romanesque de ma vie… En fait, à travers cette lecture de Jojo’s j’ai pu, en réalité, en apprendre beaucoup plus que je ne le pensais sur certaines lectures qui ont toujours été fondatrices pour votre serviteur. Enfin ça, ça sera pour après, pour le moment, c’est « free uppercuts » pour tout le monde !

Et on commence par Stardust Crusader

Alors celui-ci, je l’avais déjà commencé à l’époque et vous savez quoi ? Bonne nouvelle, je suis en accord avec mon moi de 20 ans !!! (High five temporel!). Je trouve le titre vieillot et tous les tics graphiques qu’alimentent les haters de Jojo’s sont vrais ! Les poses sont improbables et les proportions complètement absurdes. Je vais la jouer honnête et quand même reconnaître que le chara design reste intriguant. Pas dans le sens « Sympa les Village People ! », mais plutôt dans le sens où il rappelle déjà le design de plusieurs personnages « freaks » dans les mangas que j’adore (je vous donne Hisoka, mais débrouillez-vous pour trouver les autres). Bon OK, je reste stable sur mes appuis, pour le moment rien n’a changé et on continue straight to the point ! Alors j’enchaîne les tomes sans trop d’intérêt, mais je note que le rythme est hyper rapide. Dans Stardust Crusaders, il y a tellement de combats à la suite qu’au bout d’un moment, la finalité de ces combats ne m’intéressait plus.

Une rigueur créative rare

Soyons d’accord on reste dans un shônen d’action, donc plus le risque de voir le héro mourir est minime et moins il y aura de chances qu’il me fasse vibrer. Alors dans cette douce morosité, il m’a bien fallu trouver une échappatoire à l’ennui (oui, je parle d’ennui la). Quelle n’a pas été ma surprise de croiser mon sauveur au détour de l’élément que j’imaginais le plus kitsch de cette saga : l’imagination dont déborde l’auteur en matière de pouvoirs (oui, les « Stands » ça va je suis encore un rookie). Pas de solutions de facilité ici, à chaque nouvel opposant sa propre capacité improbable et son utilisation toute aussi fourbe. Et c’est là que j’ai déniché un attrait insoupçonné dans Stardust Crusaders pour le lecteur expérimenté que je suis. Hirohiko Araki s’impose une rigueur dans la création des Stands que j’ai rarement vu. Oubliez les aptitudes classiques si chers aux shônen d’action et partez du principe que la capacité spéciale de l’ennemi est tordue et que la victoire ne peut être accessible qu’après avoir exactement compris le fonctionnement précis de son stand. C’est une des originalités des combats proposés dans Stardust Crusaders. J’aurai du mal à vous expliquer que c’est la meilleure invention de l’histoire du manga. Mais quand on chute vertigineusement vers l’ennui, on se raccroche aux branches !

Dio ? Vous êtes là ?

Je mets la partie « stands » de côté juste deux minutes, parce qu’on va aborder maintenant l’une des plus grosses faiblesses de Stardust Crusaders. Des super idées de pouvoirs OK, mais quelle déception de les voir utilisés par des personnages aussi plats… Et c’est là où le bât blesse, je dois avouer que ça fait mal d’enchaîner une moyenne ahurissante de trois opposants par tomes (oui oui, j’ai compté) si aucun ennemi ne demeure mémorable. On est à la limite des vilains qui se mettent gentiment en file indienne pour se prendre leur raclée du tome « Hey poussez pas, c’est à moi que Jotaro doit rectifier le portrait après !!! » Ne reste plus que la menace annoncée dès le tome 1 de Dio qui, on le sait, n’arrivera qu’à la fin de l’arc (OKLM Thanos ? T’es bien dans ton siège depuis Avengers 1 ?). Aucune pression au niveau de cet antagoniste, il passe son temps à tourner le dos à la caméra, on sait déjà qu’il est uber fort et qu’il est plus cruel que tous les personnages ! Du coup forcément, je ne m’attends pas à grand-chose !

Ça va saigner !

Arrivé à ce point de ma review, je commence à m’inquiéter pour ma propre sécurité. Les fans de Jojo’s sont nombreux et organisés, il me faut un point positif pour équilibrer le tout ! Finalement, il était assez simple à trouver, l’une des premières choses qui m’a sauté aux yeux à la lecture de Stardust Crusaders, c’est le côté horrifique de cette série ! Je suis obligé d’admettre que les références au cinéma gore sont omniprésentes depuis le début de cet arc (et sûrement plus bien avant). Il n’y a pas un seul combat de Stardust Crusaders qui ne baigne pas dans une ambiance sanglante et sombre qui a ravi les pulsions du cinéphile gore que je suis ! On parle bien ici d’un titre shônen, donc Araki n’avait aucune nécessité d’y ajouter cette dose d’hémoglobine qui m’a pourtant complètement conquis ! Donc forcément le lecteur que je suis ne pouvait qu’attendre la prochaine scène gore que l’esprit pervers de l’auteur allait imaginer !

C’est là qu’il faut rire ? 

On en arrive donc au terrain le plus glissant de cette chronique. Là, je vais aborder LE point inattendu de cette lecture. Croyez-moi, ce n’était pas simple de l’admettre, mais Stardust Crusaders est drôle ! Honnêtement, l’auteur a pris tellement de temps à installer le caractère ténébreux et bad-ass de ses personnages qu’au moment où le récit bascule (ça reste léger hein ?) vers le comique, ça ne peut que fonctionner ! On trouve un humour bizarrement à la limite du meta et c’est ce qui m’a sûrement le plus plu dans la fin de cet arc ! Mais ça, c’est de votre faute VOUS les fans de Jojo’s, pourquoi vous n’avez jamais dit que c’était drôle ? Ah ça, pour parler bagarre y’a du monde, mais moi je n’ai jamais entendu l’un de vous me dire que c’était une série DRÔLE !!!

Et maintenant… Diamond…

Alors arrivé à ce stade très proche de la fin de ce long monologue, mon côté suisse me pousse à équilibrer dans l’autre sens. Moi, mon but dans la vie, c’est que les « pro » et les « anti » Jojo’s s’affrontent dans de sanglants combats avec moi au milieu pour arbitrer en criant « Nan, mais les mecs, je vous jure c’est Yusuke qui gagne à la fin » (surement le meilleur moyen de tirer une croix définitive sur mes rotules). Alors je vais revenir sur ce tsunami de batailles sans fin qui a fini par me lasser. Je dois avouer que la dernière partie m’a ennuyé. « Enfin » Dio arrive, « enfin » les pouvoirs de Jotaro évoluent et « enfin » on peut assister à la fin de ce long fight dont on connaissait déjà l’issue. Désolé chers amoureux de la bagarre, j’imagine que pour vous cet affrontement était légendaire et inoubliable, mais pour moi « c’était un mardi » (High Five Raul). Le seul point que je garderai en tête de Stardust Crusaders est le côté dramatique de l’histoire. Je ne m’attendais pas à voir un tel niveau de noirceur dans un shônen. (Et en vrai, c’est déjà pas si mal !)

Bon les enfants, c’est pas le tout mais moi il faut que j’avance dans ma lecture et j’attaque de suite Diamond is Unbreakable qui a tout à fait l’air d’être le bâtard illégitime d’un James Bond et d’une chanson de Rihanna. Oh putain ce qu’on va se marrer dans la prochaine review !!!
Jojo’s Bizarre Adventure est une série de mangas signé Hirohiko Araki disponible aux édition Delcourt/Tonkam